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« Vol de nuit » d’Antoine de Saint-Exupéry


En subissant les aléas de la nature, il n’est pas impossible que l’homme ait eu conscience de ces forces immanentes qui parfois le brisent. Puis, étendu par le vent, sans doute a-t-il contemplé le ciel, et en a saisi sa radicale transcendance. Jaloux des oiseaux qui s’arrachaient de sa poussière, il a voulu battre des ailes pour ramener le ciel à sa hauteur ou s’élever à la sienne.
Si mon propos presque banal se fait plus mythologique qu’historique, c’est que mon ignorance des faits est oblitérée par le Mot, qui se façonne, qui se forge, pour enfin flotter dans les airs. Tel est le destin physique du Mot: il vole et parfois emporte sur son onde l’esprit de ceux qui peinent à le lire.
Dans « vol de nuit », Antoine de Saint-Exupéry nous invite à partager, presque en mortels découvrant les dieux, un instant de l’aventure de l’Aéropostale. Et son Mot, son Verbe, sa Phrase, semble fuselé(e) comme un avion de son temps: il vole, fragile, en fuyant la tempête et l’émotion attendues.
Rivière, pivot de cette aventure, se bat pour que les avions de l’aéropostale d’Amérique du Sud volent même la nuit en dépit des dangers qui, s’ils sont périlleux de jour, deviennent assassins une fois le soleil couché: la cordillère des Andes, même sans ailes, est presque aussi élevée que les avions, et les cyclones demeurent imprévisibles.
Le drame, voire le tragique, affleure donc à chaque vol…
On ne peut s’empêcher de penser aux Héros grecs, partagés entre le désir d’une vie quotidienne simple mais vite oubliée et le désir de gloire qui donnera la postérité mythique aussi sûrement que la mort.
En lisant ce « vol de nuit », je n’ai pu m’empêcher aussi de penser à Albert Camus et sa pièce « les justes », tant l’apothéose finale de Kalyalev est semblable à celle du pilote Fabien.
C’est qu’Antoine de Saint-Exupéry en jardinier de la phrase a retiré autant que possible le mot de trop, « less is more » comme disait Browning. Il en découle une dignité dans l’émotion qui met son lecteur à l’abri de la facilité. La répugnance de Saint-Ex’ à violenter ses paragraphes avec de l’émotion violente – et il aurait pu s’en servir, le roman étant gros de drames – fait apparaître ce dont une certaine littérature, même classique, même exceptionnelle, manque parfois: de la grandeur. 

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Cette entrée a été publiée le 22 juillet 2012 par dans Uncategorized, et est taguée , , , , , , , , .
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