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« Mort d’un clone » de Pierre bordage


De Pierre Bordage, je ne connaissais que deux textes : Les Derniers Hommes, qui m’avait laissé sceptique, et l’Évangile du Serpent, qui m’avait parfois amusé, mais dont l’ambition ne me semblait pas remplie. Étant passé à côté de ses space-opera, on peut dire que l’opinion que j’avais de cet auteur était médiocre : rien de personnel, juste un intérêt limité. Cela arrive, me direz-vous. Pour autant, je me suis inscrit à l’opération « masse critique » de Babelio en partenariat avec les éditions du Diable Vauvert pour recevoir le dernier roman de cet auteur (ou le premier ? c’est au choix, selon la chronologie d’écriture ou de parution).

À la lecture des premières critiques, mon opinion se confortait, et lire ce roman rapidement m’apparaissait comme inopportun : j’ai paressé et manqué de sérieux. Néanmoins, suite à quelque titillement, je me suis enfin décidé à le lire, avec pour objectif de l’expulser comme une corvée dont on se débarrasse.

Et là : immense surprise ! Les trois heures de lecture ont été un enchantement.

Sur une idée de départ qui pourrait évoquer  Michel Houellebecq et ses Particules Élémentaires, à savoir, la misère affective de l’homme occidental, Pierre Bordage raconte la libération progressive de Martial Bonneteau, un monsieur-tout-le-monde, un clone, une-femme-trois-enfants-un-boulot-d’esclave-volontaire-des-crédits-et-autres-joyeusetés.

Le recours aux topiques de la psychanalyse montre que l’auteur s’interroge sur l’être, la conscience : qui est Martial bonneteau ? Qu’est-ce qu’un être humain libre ?

La description, pas exempte de clichés – mais hilarante et effrayante à la fois – des conventions sociales qui nous écrasent exprime bien évidemment les instances du Surmoi. La famille est un enfer, le travail est une oppression, la vie obéit à des structures auxquelles on ne peut échapper. L’inversion est atteinte quand le métro et autres transports en communs sont comparés à un animal : le boa.

« L’homme est un boa pour l’homme » finirait-on par se dire, car les « déviants » sont ramenés vers le troupeau, la masse informe des clones, grâce à la psychologie, organe de suprême contrôle.

Bordage a donc une théorie : la libération du Ça, de l’instinct, du dionysiaque dormant en chacun, par un retour à la nature, au contact de la chair avec les sucs de vie : lait, sang, sperme, etc…

On retrouve l’intérêt pour l’Orient et l’Asie qui était/sera manifesté dans l’Évangile du Serpent.

Au terme de cette libération, de cette purgation, le Moi peut enfin apparaître et être en osmose avec lui-même.

Même si l’épilogue m’a peu convaincu – car après une renaissance n’étant pas l’immortalité, la mort ne vient-elle pas malgré tout ? – ce roman mérite que l’on prenne la peine de le lire, car même imparfait, il est porteur de sincérité.

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