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« Le ravissement de Britney Spears », Jean Rolin canonise les starlettes entre satire et effroi


C’est d’abord son titre mystérieux, pouvant aussi bien évoquer Marguerite Duras  avec « Le ravissement de Lol V. Stein » que « le ravissement de Saint Paul », épisode de la seconde lettre aux corinthiens, qui frappe l’esprit dans les trente-trois ( !) chapitres de prédication du dernier roman de Jean Rolin.

L’auteur de « l’Organisation » joue avec habileté des sens du mot « ravissement » – entre rapt, admiration et extase – pour nous livrer une vision stupéfiante de la ville de Los Angeles, cette Babylone et Jérusalem moderne.

L’intrigue, un agent secret français ne sachant pas conduire missionné à Los Angeles pour déjouer une obscure menace d’enlèvement par des islamistes sur Britney Spears, est prétexte à la vision faussement mélancolique et totalement jubilatoire (à moins que ce ne soit l’inverse), par les vitres d’autobus, d’un monde ayant pour seule ambition de faire parti du panthéon hollywoodien, sinon télévisuel ; vision où la description de simples itinéraires en autobus devient poésie.

Sublimant les procédés de Bret Easton Ellis, Jean Rolin fait du name-dropping une nouvelle « Légende dorée » dans laquelle la désincarnation serait divine au point qu’un simple tatouage prouverait la foi absolue, et surtout où les quartiers pauvres seraient survolés par les autoroutes de la cité tentaculaire bien protégée. Toutefois, même si le réel paraît lointain, l’humanité affleure encore quand ces dieux ressemblent à leurs fidèles en se gavant de junk-food ou quand le bout d’une piste d’aéroport dévoile un paradis perdu qui abrite de pauvres écureuils.

Mais le roman frise surtout le génie dans le récit que fait le narrateur de sa mission, une fois celle-ci compromise, à un chef de la sécurité des frontières du Tadjikistan, pays où il se trouve désormais relégué. Car la confrontation entre le compte-rendu des émotions factices des starlettes et la menace terroriste bien réelle à laquelle le militaire fait face au quotidien, si elle ne manque pas de sel (« il n’y a que [ces] histoires qui arrivent à [le] faire dormir »), fait surtout frissonner.

Et l’on ne sait si l’épilogue ouvre sur une guerre imminente ou sur la violence comme seul divertissement possible dans le réel incarné.

A la fois vain et essentiel.

 

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