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« La bonne mort » de Charles Maurras, la beauté par-delà le bien et le mal


La gloire de Charles Maurras qui fut académicien, a largement été éclipsée par son passé d’antidreyfusard et de vichyste, au point que certains se soient focalisés sur l’Action française et aient relégué dans l’oubli son œuvre littéraire. Occultée par son idéologie prônant un « nationalisme intégral », celle-ci mériterait peut-être pourtant d’être épargnée du sceau d’infamie ayant dégradé l’auteur. La question éthique de la séparation d’une œuvre et de son auteur étant sujette à passions et dépassant le cadre d’une critique littéraire, il sera plus pertinent de nous limiter à l’œuvre et de ne pas entrer dans des considérations morales, voire parfois légales, qui risqueraient  de se résoudre par la censure ou la douleur.

On peut donc saluer l’excellente initiative des éditions de l’Herne de publier certains textes de Charles Maurras de nature à éclairer son talent poétique. C’est ainsi que « la bonne mort », conte ou nouvelle initialement inclus dans l’un de ses premiers recueils « chemins de paradis » est parvenue dans mes mains suite à l’opération masse critique.

C’est d’abord un bel objet, une couverture de qualité et une typographie élégante de couleur bleu roi. C’est ensuite une préface intéressante de Boris Cyrulnik (le théoricien de la résilience), préface destinée à l’explication de son nationalisme, de son antisémitisme et, surtout, de son rapport à la mort par notamment un séduisant parallèle fait avec Yukio Mishima.

Vient enfin le conte.

Octave, adolescent de quatorze ans élevé en internat catholique, plus précisément un Carmel, commence à ressentir les premiers émois de son âge au moment-même des premiers éclairs de doute religieux. Désir sexuel d’incarnation et désir spirituel de pureté ne peuvent produire qu’une tension devenant tragique si celle-ci n’est pas résolue.

On sent l’influence de Joseph de Maistre, le monarchisme de Maurras pouvant puiser dans ce penseur contre-révolutionnaire, influence manifeste dans la montée symétrique du Bien et du Mal dans la pensée du jeune Octave : est-il le propre Judas de son âme ou un Jésus ? C’est à cette ambiguïté que conduit le symbole de Lucifer vu par les chrétiens : il est l’ange déchu mais désigne aussi Jésus lui-même, « le porteur de lumière », et c’est ce que sous-entend la pensée de Maistre.

Dans ce monde affligé du pêché originel, le Salut est inaccessible, et toute velléité vers la lumière est vouée à l’échec puisque c’est le Mal qui domine la création. Et même si Maurras émet l’éventualité de bonté de dieu, sa probable transcendance ne peut susciter la confiance des hommes.

Le texte peut aussi être lu comme une critique assez violente du catéchisme dans ce qu’il peut mettre en avant de littéralité dans l’enseignement religieux, Maurras l’avait d’ailleurs par la suite retiré de « chemin de paradis » pour ne pas offenser ses proches.

Du point de vue littéraire, autant le dire, le style est d’une beauté à pleurer et la violente simplicité de l’intrigue font que « la bonne mort » résonne encore après sa rapide lecture (une trentaine de pages).

Et le geste ultime d’Octave est l’apothéose d’un conte qui est encore d’une brûlante actualité, aussi bien sensuelle que littéraire. Quant au paragraphe d’épilogue, il est un poème en prose à lui-seul.

Une réussite et, pour moi, une agréable découverte.

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