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Passe d’armes sur « Le réverbère au clébard » ou quand le critique se veut auteur, les critiques pleuvent….


Ce blog n’aura pas pour vocation exclusive la critique (souvent excessive, car je ne critique que ce que j’aime ou déteste !) de romans, poèmes, et autres gribouillages sur papier. Ainsi, de temps en temps,  je vous offrirez la possibilité de me critiquer, défoncer la gueule, railler, tourner en dérision et autres marques de votre affection grandissante, et je prends l’engagement en cette période pré-électorale de ne jamais censurer vos commentaires, y compris ceux qui me donneront l’envie de vous dévisser la tête après avoir dévissé la mienne. Donc, voici la première pièce à conviction pour me condamner…

Le réverbère au clébard:

Il faut juste courir plus vite que toutes les trahisons commises ; ce que l’on peut trahir, on le trahit, on se trahirait soi-même s’il ne restait plus personne d’autre à trahir.

Il faut juste courir plus vite, prendre de la hauteur et jouer à chat-perché, invincible, voler au-dessus de ces caniveaux inondés, avec nos pieds trempés, les chaussures gorgées de flotte d’automne, le col de chemise dans lequel les rigoles se moquent de vous apporter la fièvre, la crève.

Il faut juste ne plus vouloir sauter dans les flaques parce qu’on n’est plus un môme mais juste une espèce de connard qui se paume dans sa vie. 

Alors, monter les escaliers de cette butte, croire que l’on est encore un pouet-pouet, et hurler sur Montmartre comme on baverait sur le sein d’une ville, à défaut de lécher les tétons d’une femme: que ce foutu Sacré-Cœur s’enorgueillisse d’être la mamelle des artistes, la muse païenne de la voie lactée, des inspirations sidérales et des dieux si peu célestes, je m’en contrefous ! Ce soir, je vais défoncer à grands coups de pompe la porte latérale de sa sacristie, en tirer son curé par la soutane, lui voler son absolution, l’échanger contre le récit de mes nausées, le détail de mes vices. 

Une seule gargouille surplombant l’ogive fait office de cerbère ; sa gueule crache les lambeaux filtrés de ce déluge en une douche rendue brillante par le faible éclairage tandis que dans l’ombre me brûlent la rage, le délire, la perte, la peur.

Et si ce démon maté mis au service des pieux venait à me lancer un souffle enflammé, destructeur ? Et si sa carcasse pierreuse venait à s’arracher de sa niche et se précipiter à ma poursuite ? Et si la chaîne barrant l’accès aux lourdes portes boisées se changeait en serpent qui glisserait sur la fine rivière se formant et viendrait mordre mes chevilles rougies de froid ? 

Le feu du souffle, l’haleine aigue : vaincu dans les airs, menacé sur terre, il me faut un abri entre ciel et terre, entre les chutes du ciel et la marée de la terre, entre mon impossible ascension et la tentation du mal. 

L’eau n’est jamais feu par elle-même, elle a besoin de lumière ; l’ombre aussi n’est jamais que la partie non-éclairée du monde. Si la folie parle par moi mais mon esprit est demeuré clair, si la peur du noir me fait claquer des dents mais ne m’a pas encore englouti, c’est que j’y vois encore ; si la gargouille vomit sa lave sur mes cheveux, c’est qu’une source défie encore la nuit. 

Aux côtés du Sacré-Cœur, ce mamelon turgescent dominant Paris, se dresse un réverbère en phallus au gland solaire, comme une union de la lune et de l’astre diurne, du féminin excessif et du masculin patient, de la dévoration et du contentement, de l’arrachement et du semeur ; car si le sein nourrit le bébé, il est aussi la marque du détachement de son corps du corps de sa mère, et si le phallus est plaisir égoïste et violent, il est aussi offrande contenant tous les possibles, toutes les formes du recommencement. 

Alors, je grimpe sur ce réverbère, et je sais que je ne pourrai en toucher la lampe, et je sais aussi que je ne le désire pas, car je préfère cette nuit être le non-né, l’in-formé, l’à-venir, l’espoir, le fantasme.  Alors agrippé à cette tige métallique, bandant les muscles de mes bras pour ne pas en glisser, en tomber, je tends la tête en arrière et mes yeux discernent les gouttes de pluie tomber en bulles de savon.

Et je ris de ressembler à la pute d’un dancing, ondoyant autour de sa barre pour quelques billets, plus bas sur Pigalle. Et je ris parce qu’un clébard s’approche de mon nid pour y lever la patte et que la nuit pisse bien plus sur moi que ce toutou qui ne laisse tomber à regret que quelques misérables gouttes. Et je ris parce que le chien semble s’interroger de mon rire, que la gargouille ne bouge toujours pas mais pourrait n’en faire qu’une seule bouchée, que le serpent s’enroulerait avec bien trop de facilité sur cette proie jappeuse que je préfère chasser en moulinant de la pointe du pieds. 

Je ne suis pas une pute car je ne suis pas désirable ni bonne danseuse, et ce chien n’est pas un client car il m’observe perdre l’équilibre et chuter avec toute l’indifférence qu’un animal peut montrer à un fugitif comme moi…

La nuit est nuageuse mais le choc dégage une voûte étoilée mouvante, chaque petite boule de lumière ondoyant sous la tutelle du réverbère… 

Demain, il fera de nouveau jour, je serai toujours avide de trahisons, mais le soleil se sera substitué au maigre réverbère. En attendant, je m’endors sans crainte cette nuit, noyé mais avec la confiance d’un enfant à qui l’on a laissé une veilleuse dans sa chambre. 

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Cette entrée a été publiée le 25 janvier 2012 par dans Fragment, et est taguée , , , , , , , , , , , .
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