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« Notre-Dame-des-Fleurs » de Jean Genet ou la perversion épiphanique…


Assurément, les amoureux de style bouclé, suave et vaporeux, apprécieront Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet tant il pousse la virtuosité à décrire, avec l’élégance d’un danseur de tango coulant une main sur la poitrine de sa partenaire, aussi bien des scènes anodines d’intérieur que des épisodes où la complaisance dans le sordide, plus que répugner, finit par fasciner.

C’est qu’il y a chez Genet une réelle fascination pour le mal, une mise en scène familière de la déchéance et de la perversité qui en fait une vertu: ainsi ses héros/héroïnes sont des saints à ses yeux, l’érotisme est l’extase mystique, et la moindre flatulence devient épiphanie

Comme pourrait le dire Georges Bataille, « la transgression n’abolit pas l’interdit mais le dépasse en le maintenant. L’érotisme est donc inséparable du sacrilège et ne peut exister hors d’une thématique du bien et du mal ».

Genet exacerbe les tentatives baudelairiennes sur le mal, par exemple le poème l’héotontimorouménos des Fleurs du Mal, en s’appuyant explicitement sur la sexualité et en aimant les beaux diables qu’il a créés ou recréés, ce petit peuple de Pigalle fait de prostituées, de maquereaux, de travestis, dont l’évocation, du fond de sa prison, soutient son désir.

Il pousse l’exigence d’honnêteté et d’écriture à un niveau rarement rencontré: son sordide devient une auréole troublante. On croit pénétrer dans une pièce remplie de fleurs aux parfums capiteux, au décor raffiné, et l’on s’aperçoit qu’en ce lieu se tiennent des funérailles, que les fleurs couvrent l’odeur du rance.

L’écriture devient alors rituel, et de ces diables symboliques émerge Lucifer, le porteur de lumière en latin, débarrassé de la figure de Satan, l’opposant fondamental, la mort. Car Genet parle assurément de la mort, mais son oeuvre parfaitement codifiée devient un exorcisme à la peur qu’elle lui inspire. Il donne au Beau une nouvelle fonction, au verbe poétique sa plénitude, pour élever son roman loin de ces (ses ?) miasmes morbides.

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